Qu’est-ce que la zététique ?

En première approximation on peut considérer que le mot « Zététique » est simplement synonyme de « Pensée Critique », ou de « Scepticisme Méthodologique ».
Noam Chomsky ou Norman Baillargeon utilisent aussi l’expression : « Autodéfense Intellectuelle »,
Jean Rostand utilisait l’expression « Hygiène Préventive du jugement ».
Henri Broch la définissait comme « l’art du doute ».

Cette posture philosophique se caractérise en pratique par une posture sceptique vis-à-vis des allégations « extraordinaires » et l’utilisation de la méthodologie scientifique pour leur étude. Mais appliquée à des phénomènes portant une forte charge affective, cette démarche nécessite une bonne compréhension des comportements relevant de la croyance et de l’engagement. Pour en savoir un peu plus sur cette démarche, vous pouvez vous référer à l’énoncé de quelques uns de ses principes.

Étymologie

Le mot zététique vient du grec zetetikos, « qui cherche la raison des choses », dérivant du verbe zêtein, « chercher ». Pyrrhon, au troisième siècle avant l’ère chrétienne, l’utilisait au sens de « refus de toute affirmation dogmatique ». Dans la version moderne du terme, la zététique est la méthode scientifique appliquée à l’analyse des phénomènes rapportés comme extraordinaires, étranges, parfois considérés comme « paranormaux » ou surnaturels. Par extension, la zététique est l’analyse scientifique de toutes les théories ou pseudo-théories présentant des hypothèses très éloignées du consensus scientifique actuel : par conséquent la gamme d’objets d’études va des hypothèses extraterrestres jusqu’aux médecines dites alternatives, des miracles jusqu’aux animaux mystérieux, des créationnismes jusqu’aux théories des fluides énergétiques ou des auras. Du coup, la portée pédagogique de l’étude de tels sujets s’est avérée si grande que, dernièrement, le terme zététique en est venu à désigner l’ensemble des méthodes didactiques permettant l’enseignement de l’esprit critique. Un individu qui décortique une affirmation étrange avec une démarche scientifique est appelé un zététicien. On pratique la zététique la plupart du temps sans le savoir.

Pourquoi ce nouveau mot de « zététique » ?

L’idée de réutiliser le terme zététique vint de Marcello Truzzi, sociologue de la East Michigan University, qui fonda en 1976 la revue The Zetetic (devenue depuis le Skeptical Inquirer). En France, le terme a été ravivé par le professeur Henri Broch, physicien de l’Université de Nice-Sofia Antipolis avec pour leitmotiv l’application d’une « hygiène préventive du jugement » à toute théorie sortant de l’ordinaire. Pourquoi ne pas garder le simple terme « science » ? Parce que devant ce qui est considéré comme « extraordinaire » ou « paranormal », la demande sociale est forte, et de nombreux fantasmes sont suscités. La démarche zététique s’applique à une gamme de phénomènes soulevant une telle charge affective qu’il est nécessaire de prendre certaines précautions : tenir compte de l’engagement psychologique des individus, le contexte historique et politique dans lesquels émerge le phénomène, la philosophie sous-jacente, etc. Une petite définition un peu plus formelle est donnée dans l’article « Zététique, petite définition ».

Quel rapport avec le scepticisme ?

En gros, y a une version antique et une version moderne du terme scepticisme. Nous revendiquons la version moderne, dite modérée, qui défend l’idée qu’il est possible de bâtir des connaissances vraisemblables, — ou en tous cas plus vraisemblables que d’autres — mais à la condition que l’on épuise toutes les alternatives, les contre-arguments, biais et erreurs de raisonnement ou d’interprétation avant de conclure à cette vraisemblance. Un sceptique refusera de se positionner en terme de croyance « j’y crois/je n’y crois pas » : il évitera les affirmations a priori, qu’elles soient en faveur ou en défaveur de la théorie considérée, et exercera un doute « ouvert » avant enquête. Devant un manque d’information manifeste, le sceptique suspendra son jugement. La zététique telle que nous la pratiquons est en quelque sorte la partie opératoire, l’outillage de la posture philosophique sceptique.

Quel rapport avec le rationalisme ?

Si l’on entend par raison la faculté humaine qui permet de fixer des critères de fausseté, alors la zététique est donc nécessairement rationaliste. Certes, la raison n’est pas le seul outil de création de connaissance : l’art, les révélations, la foi, la tradition, la contemplation ou l’introspection en sont d’autres ; mais la raison est ce qu’il y a de plus pratique et de plus juste pour bâtir des connaissances vraisemblables, poser un savoir commun et évacuer les affirmations les plus fausses. Seul inconvénient : la raison ne permet pas de donner du sens aux phénomènes. La science, rationnelle, n’a pas d’autre but que de décrire, et en aucun cas elle ne donne de portée métaphysique à la réalité.